Soirée d'élections présidentielles en France. Premier tour.
Le souvenir de 2002 a fait son effet. Effet ambigu, s'il en est. Il a produit l'affrontement attendu entre la droite et la gauche. En revanche, ce retour à la "normale" ne doit pas être un arbre cachant la forêt. Il a eu un prix, dont il faut prendre la mesure.
D'une part, "l'effet 2002" a fait comprendre à la droite qu'elle pouvait radicaliser sa position, ce que Nicolas Sarkozy n'a pas hésité a faire, cueillant au passage des voix à "la droite de la droite". D'autre part, il a imposé à l'électorat de gauche un vote "utile" (utile à quoi ou à qui, rien ne le dit) qui à la fois confère une légitimité fragile et donne des coudées franches à Ségolène Royal. Résultat : la droite entame le dernier virage avec 30% des électeurs dans sa poche ; la gauche, grâce au soutien unanime et immédiat des partis de l'extrême gauche, avec une base légèrement supérieure (autour de 35%).
À ce stade, la conquête du 35% restant (dont 20% est au centre et 15% à l'extrême droite) n'intéresse pas tant la politique que la stratégie. Cela est donc, jusqu'au jour du scrutin de second tour, sans intérêt : ceux qui pencheront d'un côté ou de l'autre, soit ils savent déjà où et pourquoi, soit ils s'en remettent à la puissance de la rhétorique. Ce qui doit au contraire attirer l'attention, c'est ce qui est révélé par les résultats de ce premier tour. À savoir :
Le souvenir de 2002 a fait son effet. Effet ambigu, s'il en est. Il a produit l'affrontement attendu entre la droite et la gauche. En revanche, ce retour à la "normale" ne doit pas être un arbre cachant la forêt. Il a eu un prix, dont il faut prendre la mesure.
D'une part, "l'effet 2002" a fait comprendre à la droite qu'elle pouvait radicaliser sa position, ce que Nicolas Sarkozy n'a pas hésité a faire, cueillant au passage des voix à "la droite de la droite". D'autre part, il a imposé à l'électorat de gauche un vote "utile" (utile à quoi ou à qui, rien ne le dit) qui à la fois confère une légitimité fragile et donne des coudées franches à Ségolène Royal. Résultat : la droite entame le dernier virage avec 30% des électeurs dans sa poche ; la gauche, grâce au soutien unanime et immédiat des partis de l'extrême gauche, avec une base légèrement supérieure (autour de 35%).
À ce stade, la conquête du 35% restant (dont 20% est au centre et 15% à l'extrême droite) n'intéresse pas tant la politique que la stratégie. Cela est donc, jusqu'au jour du scrutin de second tour, sans intérêt : ceux qui pencheront d'un côté ou de l'autre, soit ils savent déjà où et pourquoi, soit ils s'en remettent à la puissance de la rhétorique. Ce qui doit au contraire attirer l'attention, c'est ce qui est révélé par les résultats de ce premier tour. À savoir :
- Qu'alors que les Sarkozy, Bayrou et Royal prétendent parler pour La France, ils masquent ce fait fondamental qu'ils incarnent des aspirations sur lesquelles les Français ne s'entendent pas. Les discours vibrants de patriotisme des candidats avaient précisément, en dehors de leur visée électoraliste, pour but d'éviter de nommer ce qui les sépare ou devrait les séparer. Sur ce point, au moins, on peut admettre que les partis radicaux tant à gauche qu'à droite, avaient la franchise pour eux.
- Que l'apparente victoire de Sarkozy, c'est-à-dire le fait qu'il ait obtenu au premier tour un résultat d'une telle ampleur, est aussi le signe de son échec : s'il a pu canaliser autant de voix, c'est en modifiant son discours pour en enlever à Le Pen. Ce dernier a raison de clamer que cette élection marque la victoire de ses idées, mais cela n'est vrai que pour le parti de Sarkozy. La gauche n'a pas tendu la main à ses électeurs, elle ne s'est mobilisée que pour leur barrer la route. Échec de Sarkozy, puisqu'il a montré sa situation de dépendance, son incapacité à l'emporter sans faire des concessions.
- Que l'apparente victoire de Royal - son passage au tour suivant - est surtout négative. Le référendum anti-sarkozyste réclamé par les radicaux de son clan n'a dupé personne. Cela montre que sa légitimité en tant que représentante de la gauche est en suspens. Seules des actions concrètes allant dans le sens d'un progressisme réel peuvent lui permettre d'asseoir cette légitimité au regard de ceux qui se tourneront vers elle. Là est le risque : avec le pouvoir entre les mains, Ségolène Royal pourrait n'en faire qu'à sa tête, auquel cas les partis l'ayant soutenue paieraient très cher l'appel au vote d'opposition.
À terme, ce qui est remarquable, c'est que les deux candidats se trouvent tenus de réfléchir sur les rapports de force qui les ont mené au second tour. Parce que rien, dans cette élection, ne reflète moins l'état de l'opinion publique que son résultat. Étonnamment, la démocratie française a rejoint pour beaucoup toutes ces démocraties occidentales où les élections prennent de plus en plus la population en otage.